L’urgence d’une politique de l’offre de logements
11 mai 2026
Les jeunes Québécois travaillent et l’accession à la propriété leur échappe à une vitesse sans précédent.
En 2025, les 18-34 ans ont payé en moyenne 392 000 $ pour leur première propriété au Québec — 36 000 $ de plus qu’un an auparavant, la plus forte hausse parmi toutes les tranches d’âge.
Entre 2011 et 2021, le taux de propriété chez les 25-29 ans est passé de 44,1 % à 36,5 % à l’échelle canadienne. C’est le résultat direct de décennies à ignorer les signaux d’alarme.
L’iniquité générationnelle en matière de logement n’est pas qu’une question sociale — c’est un frein direct à notre compétitivité économique, à l’attraction des talents en région et à la croissance des entreprises.
Des politiques de la demande qui aggravent le problème
Les différents paliers gouvernementaux répondent à une crise de l’offre avec des outils de la demande.
Le CELIAPP, le doublement du crédit d’impôt pour l’achat d’une première habitation, l’amortissement hypothécaire étendu à 30 ans, le remboursement de la taxe de bienvenue — toutes ces mesures injectent du pouvoir d’achat supplémentaire dans un marché où l’offre est structurellement insuffisante.
Le résultat est prévisible et documenté: chaque dollar de soutien à la demande se transforme mécaniquement en hausse de prix, repoussant encore plus loin l’horizon pour la prochaine cohorte d’acheteurs.
Les restrictions sur les locations de courte durée illustrent le même entêtement. Le cas des locations Airbnb pendant le Grand Prix de Montréal illustre bien cela. On pénalise l’économie touristique tout en laissant intacte la pénurie structurelle et en décourageant l’investissement.
Les municipalités portent une responsabilité trop souvent esquivée. Les délais de permis, les règles de zonage restrictives, les frais de développement excessifs et le droit de veto sur des projets conformes aux orientations provinciales constituent autant de freins invisibles qui ralentissent la construction et font grimper les coûts. Ce blocage municipal coûte des années de vie aux projets et des dizaines de milliers de dollars par unité construite.
Un plan d’action d’urgence pour l’offre
Accélérer la préfabrication est pertinent, car la construction modulaire et industrialisée peut réduire les coûts de 20 à 30 % et les délais de chantier de moitié. Il faut toutefois une vision d’ensemble regroupant les actions capables de changer les choses.
Nous appelons les trois paliers de gouvernement à agir maintenant sur l’offre, avec des mesures structurantes et mesurables, soit:
- Réformer le zonage en profondeur en autorisant de plein droit la densification douce dans toutes les zones résidentielles sans dérogation;
- Retirer le droit de veto municipal sur les projets conformes. Tout projet respectant les orientations provinciales d’aménagement devrait obtenir un permis en moins de 30 jours, avec un mécanisme d’approbation automatique au-delà de ce délai;
- Céder ou louer les terrains publics à des conditions incitatives. La mise à disposition d’actifs fonciers sous-utilisés à des promoteurs privés, sous conditions de livraison dans des délais définis, réduirait le coût du terrain qui représente parfois 40 % du coût total d’un projet;
- Exonérer de TPS/TVQ les nouvelles constructions locatives. Une exemption fiscale ciblée sur le locatif neuf augmenterait directement la rentabilité des projets et attirerait des capitaux privés vers la construction productive plutôt que vers la spéculation;
- Moderniser les codes du bâtiment en harmonisant les normes provinciales et en intégrant les nouvelles technologies constructives.
Notre génération ne demande pas de privilèges
Elle demande des règles de jeu équitables. Construire davantage, plus vite, à moindre coût: voilà la seule politique qui changera réellement la donne.
Nous demandons aux gouvernements fédéral, provincial et municipaux de mettre fin aux annonces court-termistes qui gonflent artificiellement la demande et d’adopter, d’urgence, un plan cohérent et ambitieux pour l’offre de logements.
L’avenir économique du Québec se joue aussi là.
*Signataires
Pierre Graff, président-directeur général, Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec
Nathalie Legault, directrice générale, Jeune Chambre de Victoriaville
Jean-Russ Dufour, président de la Jeune Chambre de la Mauricie
Mehdi Houhou, président de la Jeune Chambre de Commerce Algérienne du Canada (JCCAC)
Anne-Marie Lelièvre, présidente-directrice générale, Chambre de commerce de Montréal Centre Sud Ouest (CCCSOM)
Alexandre Séguin, président, comité Aile jeunesse de la Chambre de commerce et de l’industrie du Haut-Richelieu
Matthieu Guilhem, président, Jeune chambre de commerce de Laval
Marie-Christine Lavoie, présidente-directrice générale, Volet Jeunes Professionnels de la Chambre de commerce et d’industrie Nouvelle-Beauce
Sarah Lachance, responsable de l’Aile Jeunesse de la chambre de commerce et d’industrie de Saint-Georges
Lien vers l’article : https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/2026/05/11/lurgence-dune-politique-de-loffre-de-logements-GHEEL62XERA5VKQN7EDKNTOHXQ/